La Chronique

de Muriel Perrault de Jotemps

Octobre Rose

16-10-19

La force d’octobre rose est marquée dessus.

Octobre, tout un mois pour toi, tout un mois pour elles. La patiente, l’amie, la sœur, la mère… Chaque maladie a sa journée mondiale, le cancer du sein s’installe un mois entier. Pour les médecins qui, comme moi, lui consacrent l’essentiel de leur temps, c’est une formidable cure de motivation.

Rose parce qu’au-delà du traité des couleurs, d’Edith Piaf et du clin d’œil au sous-marin de Sean Connery, le rose aux joues c’est la couleur de la santé qui revient et des émotions qui se trahissent. Ce mois c’est tout ça.

La bagarre pour une santé qui reviendra, qui revient de plus en plus fréquemment et c’est tout l’intérêt de consacrer un mois entier à s’en rassurer : le nez dans nos interventions, nos protocoles et la mise en place d’une médecine toujours plus personnalisée, nous en oublierions presque les progrès constants de la lutte contre les cancers du sein. Oui, plus on traite chacune de manière singulière et plus il est légitime que cancer s’écrive au pluriel.

Quant aux émotions, je suis d’une génération qui a connu les carences systémiques de la santé sur ce plan de l’empathie, de l’écoute, du traitement de la douleur physique ou psychologique. Je suis d’une génération qui a obtenu le plan Cancer, la concertation thérapeutique, la consultation d’annonce, une prise en charge globale et continue, des mots techno pour dire on vous entend, qu’on ne vous lâche pas, que rien de ce que vous ressentez à cause de la maladie n’est dérisoire. En tant que praticienne, je mesure là aussi le chemin parcouru et ça me conforte dans l’idée que tout ce qu’on peut envisager comme progrès à accomplir et bastilles à prendre est possible ! En tant que femme, je me demande parfois comment on a pu pratiquer autrement…

 

Ma spécialité, la chirurgie esthétique, plastique et reconstructrice, est née en marge de la guerre de 14-18, il y a 100 ans, de la nécessité de réparer les gueules cassées, de permettre à des hommes sans visage de reprendre vie. Ma propre naissance de chirurgien plasticien procède elle aussi d’une forme de guerre –contre le cancer- et de la nécessité brûlante, vitale, de reconstruire pour la paix. C’est à Villejuif, à l’IGR, que j’ai su quel métier je voudrais exercer et pourquoi je voulais l’exercer. C’est à l’Institut du Sein Henri-Hartmann que je persiste à apprendre de chaque femme que j’opère et à me féliciter d’avoir choisi cette discipline.

La reconstruction mammaire, c’est si souvent une reconstruction tout court, le cœur, le départ ou le point d’orgue d’un processus de retour à la vie, à la paix, à cette histoire personnelle qu’il faut écrire après la maladie ou par-dessus elle. Autant d’enjeux qui nous collent une pression formidable, celle d’être techniquement à la hauteur des attentes de la patiente. Mais l’enjeu vaut la chandelle.

Reconstruire ! Un des plus beaux verbes qui soient, il dit toute l’histoire de l’humanité et, tous les mois d’octobre, celle de chaque femme atteinte ou qui l’a été, celle de son entourage et, discrètement, la nôtre, soignantes et soignants.

 

Ne lâchons rien. Ce que nous accomplissons contre le cancer du sein, ce que nous dénonçons et ce que nous applaudissons, ce que nous mettons au jour et celles que nous mettons en lumière, tout cela irrigue, déborde, profite à d’autres luttes, contre d’autres cancers mais aussi contre l’indifférence et le dénuement des malades ou de celles et ceux qui l’ont été et peinent à se reconstruire.

 

Dr Muriel Perrault de Jotemps